Energie Société Ecologie

cher lecteur

les enjeux géopolitiques, écologiques et sociaux sont au cœur des questions climatiques et énergétiques. Ce que j’appelle « l’urgence climatique et énergétique » n’est pas une question sémantique ou un effet de mode; c’est une réalité géophysique incontournable que l’humanité toute entière doit affronter en toute connaissance de cause et en toute indépendance, sans œillères idéologiques,sans a priori dogmatique, sans pressions d’intérêts financiers ou industriels.

Les contraintes du changement climatique en cours depuis les dernières décennies imposent à tous les pays, à toutes les sociétés -qu’elles soient « développées » ou « émergentes », « industrielles » ou « agraires », « occidentales » ou « du Tiers-Monde » (autant de termes souvent inadaptés ou obsolètes qu’il faudrait redéfinir) – d’adopter d’urgence des modes de production, de transformation et de consommation d’énergie et de matériaux capables d’éviter le basculement irréversible du système climatique terrestre vers le déréglement et le chaos, de combattre les émissions anthropiques de gaz à effet de serre et de préserver les équilibres écologiques de la biosphère, notre berceau et notre habitat.

Loin du discours irresponsable et dangereux des climatosceptiques de toutes obédiences religieuses autant que scientistes, il faut au contraire informer, alerter et prévenir les citoyens des pays industriels et des des pays émergents sur les conséquences lourdes et fortement impactantes des comportements individuels et collectifs de consommation de biens matériels et industriels, de nourriture, de déplacement, de modes de vie d’un côté; des modes de production industriels, commerciaux et agricoles de l’autre.

Si l’on ne considère que les approvisionnements énergétiques mondiaux, les tenants du libre-échange, de la mondialisation libérale, de la dérégulation généralisée, de la croissance indéfinie et des politiques BAU (« business as usual »: faire des affaires sans rien changer) ont de leur côté des arguments de poids:

  • les réserves conventionnelles et non conventionnelles d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) pourraient encore couvrir un à deux siècles de consommation mondiale: pourquoi faudrait-il s’en priver? Pourquoi faudrait-il interdire aux pays occidentaux (USA, Europe en particulier) de développer leurs ressources de charbon ou de gaz et d’huiles de schistes si cela leur permet de ne plus importer de pétrole ou de gaz de pays non démocratiques? Pourquoi les pays « en voie de développement » n’auraient pas le droit à leur tour d’user et d’abuser de ces ressources comme l’ont fait jusqu’à présent les pays « développés »?
  • les réserves d’uranium pourraient encore approvisionner les centrales nucléaires pendant plusieurs décennies (70 ans d’après les industriels du secteur) et pourraient même couvrir des milliers d’années d’énergie électrique (d’après les partisans du recours massif à l’énergie nucléaire) si l’on parvenait à mettre au point la « quatrième génération » de centrales nucléaires;
  • les réserves de thorium seraient suffisamment importantes et réparties pour envisager la construction d’autres types de centrales nucléaires présentant moins de risques de dissémination nucléaire que l’uranium;
  • la mer serait un réservoir quasi-infini d’uranium facilement accessible et exploitable pour prendre le relais de l’uranium terrestre et reculer d’autant l’inéluctable fin de ses réserves;
  • les techniques de géomanipulation du climat (piégeage-stockage et enfouissement du CO2, injection de millions de tonnes de fer dans les océans pour accélérer la fixation du CO2 atmosphérique par le phytoplancton, ensemencement de particules de sulfates dans l’atmosphère pour absorber et réfléchir le rayonnement solaire, etc.), permettraient d’envisager un contrôle rapide du réchauffement climatique tout en autorisant la continuation de la consommation des ressources mondiales des combustibles fossiles;
  • la fonte des glaces arctiques serait une opportunité économique formidable et permettrait de surcroît d’économiser l’énergie de transport entre continents en ouvrant des voies maritimes directes par le pôle Nord.

Ces arguments, pris isolément, pourraient apparaître suffisamment convaincants pour rassurer les consciences, déculpabiliser les gros consommateurs et inciter élus et décideurs à différer les décisions difficiles qui doivent empêcher l’injection massive des gaz à effet de serre d’origine anthropique dans l’atmosphère.

Ceux qui les tiennent sont bien souvient liés eux-mêmes aux systèmes produisant ou utilisant ces modes de production et de consommation: industriels, entreprises financières, spéculateurs, et certaines sociétés dites « savantes », certains laboratoires de recherche privés ou publics alimentés par les capitaux privés impliqués dans le développement de ces énergies, idéologues et politiciens partisans du « productivisme » et de la « croissance » du PIB, du PNB et peu enclins à prendre en considération les limites physiques et matérielles de la nature et de la biosphère (sauf pour gloser sur de pseudo-lois de l’offre et de la demande ou pour spéculer sur leurs éventuelles pénuries) ou leur impact écologique, climatique et social à court, moyen ou long terme. On les trouvera autant à « droite » qu’à « gauche », sur tous les continents, dans tous les systèmes de représentation idéologiques, particulièrement religieux de toutes obédiences.

Mais comme je me propose de le développer dans ce blog et comme je l’ai exposé par ailleurs dans des livres, des conférences, des articles ou dans des revues en ligne, ces arguments sont biaisés et se brisent sur les réalités physiques et écologiques incontournables, validés par des décennies de recherche scientifique indépendante et mondiale. Continuer de les tenir et de les soutenir relève soit de l’inconscience, soit de l’aveuglement idéologique, de l’égoïsme et de la recherche du profit personnel au détriment de l’intérêt général, ou bien de la non-assistance à humanité et biosphère en danger, ou encore de la complicité dans une entreprise d’appropriation privée de biens collectifs: l’air, l’eau, la terre, la nature, la vie.

Dans les décennies à venir, l’humanité devra cesser de s’aveugler sur la pérennité des conditions de son existence, de l’habitabilité de la planète Terre. Elle devra prendre rapidement les décisions qui garantiront sa survie sur les prochains siècles et elle devra changer de paradigme. La responsabilité des élus, des décideurs et des scientifiques à cet égard est totale et engage chacun dans un sens ou dans l’autre, sans neutralité morale possible dans ses décisions.

Au contraire des arguments évoqués plus haut, l’urgence des contraintes climatiques et énergétiques s’impose à tous. C’est un des objectifs de ce blog de les étudier, de porter à la connaissance du grand public les travaux de recherche mondiaux sur les scénarii climatiques et énergétiques, de proposer des voies possibles vers un avenir soutenable, de montrer les politiques alternatives locales, nationales et internationales mises en œuvre dans le monde. Un autre objectif de ce blog est d’ouvrir des dialogues possibles sur les enjeux énergétiques et climatiques aux échelles locales et mondiales, sur leurs implications philosophiques et morales dans la Recherche scientifique et dans les politiques publiques.

Pr Thierry de Larochelambert

Chaire Supérieure de Physique-Chimie, Docteur en Energétique

Chercheur à l’Institut FEMTO-ST

 

Un commentaire sur “Energie Société Ecologie

  1. Merci pour ces documents.
    Il est étonnant que dans ce débat le coût réel de l’électricité nucléaire ne soit pas mentionné.La seule expérience industrielle réussie à ce jour de démantèlement complet de réacteurs est, à ma connaissance, celle de Lubmin, en Allemagne du Nord, que j’ai visité à 3 reprises. Son coût permet d’estimer les provisions nécessaires pour démanteler le parc français à près de 200 milliards €, très au delà des provisions réelles de EDF, qui sont d’ailleurs immobilisées et non disponibles.Ce chiffre ne tient pas compte des coûts de stockage à long et très long terme. Le prix du KWh devrait intégrer ces éléments et le porterait au delà des coûts du renouvelable.
    Je dispose d’un DVD sur les opérations et équipements de Lubmin si vous êtes intéressés.

    cordialement
    jean daniel braun

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